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Publié le 03 juin 2021 Mis à jour le 03 juin 2021

12 exercices pratiques et simples pour augmenter durablement son empathie

Comment maintenir un haut niveau d’empathie par la pratique intentionnelle et régulière

Équipe soudée

Réussir à s'empather

Un manque d'empathie affaiblit inévitablement les relations et c’est un facteur clé dans les ruptures familiales, religieuses et professionnelles. Par exemple dans les mariages qui échouent, vous entendrez l’épouse dire : “Nous n'avons aucun lien émotionnel. Il ne tient tout simplement pas compte de mes sentiments et de mes préoccupations. Je n'en peux plus ; j'ai besoin de quelqu'un qui puisse vraiment s'identifier à moi”. Lorsque les adolescents se rebellent, ils disent souvent : "Mes parents ne me comprennent pas. J'essaie de partager mes émotions et mes luttes, mais tout ce qu'ils font, c'est m'ignorer ou me faire la morale."

Et dans de nombreux litiges en matière d'emploi, j'ai rencontré un profond découragement chez les employés qui se plaignaient que leurs superviseurs ne se souciaient guère d'eux en tant que personnes et se contentaient de pousser les objectifs de productivité et performance de l'entreprise.

Bien sûr, j'ai entendu des déclarations similaires en sens inverse de la part de maris, de parents, et de superviseurs qui étaient affligés par un manque d'empathie similaire chez les personnes qu'ils dirigeaient.

Des études de Harvard Business Review ont démontré que l'empathie permet de devenir un meilleur manager, de mieux travailler, et même d’améliorer nos relations en famille et avec les amis. Je reconnais que certains individus ont une personnalité et un tempérament les rendant naturellement plus empathiques que d'autres, mais il existe des exercices faciles, fondés sur des données probantes, que chacun peut faire pour accroître son empathie.

  1. Apprendre à se connaître

La découverte, exploration et compréhension de soi est un parcours psychologique et comportemental qui dure toute une vie. La gestion des émotions (identification, acceptation, expression) est essentielle pour renforcer la confiance en soi, comprendre l’autre.

Les personnes ayant une faible expression de l’empathie sont le plus souvent celles ayant un faible niveau de connaissance et confiance en soi[1]. Leur incapacité à comprendre et gérer leurs émotions, devient ainsi un handicap dans leurs rapports avec les autres.

En apprenant véritablement à vous connaitre, vous découvrirez vos préjugés. Nous en avons tous. Le reconnaître est la première étape. La deuxième étape consiste à prendre des mesures pour les surmonter. Je suis par exemple conscient de ce que cet article ne peut être vraiment objectif et neutre car bien qu’ayant apporté diverses perspectives, il sera toujours imbibé de mes propres expériences et préjugés.

Étant donné que certains préjugés peuvent être inconscients, je vous encourage à prendre ce quiz pour les déceler. Ce quiz a été développé par le Projet Implicit, de l'Université de Washington et de l'Université de Virginie. Voici des listes de questions et activités pour vous aider à identifier et comprendre certains de vos privilèges. Pour commencer, posez-vous quelques questions :

  • Lorsque vous regardez des films ou la télévision, combien de fois voyez-vous des personnages qui reflètent votre race, genre, position sociale ou professionnelle ?
  • Combien de fois vous trouvez-vous dans des contextes sociaux où la plupart des gens ont une identité différente de la vôtre ?

  1. Apprendre à reconnaitre les autres comme des versions possibles de soi

Il s’agit encore de voir sa face dans le visage de l’autre. Peu importe le degré des différences, il existe toujours des ponts entre les individus. Conscient de cette vérité, il est donc possible d’orienter son attention et énergie sur la recherche de ces dénominateurs communs. En plus de prévenir les violences et les positions dogmatiques dont on connait les funestes conséquences, cela participe assurément à l’avènement d’un climat social plus serein. La connaissance de soi et la compréhension de l’autre débouchent naturellement sur une plus grande compassion, observable par :

  • Des actes de soutien aux autres au travers des dons (financiers ou non-financiers) pour des causes communes ;
  • Une attention plus accrue chaque fois qu’un acte discriminant est réalisé[2]. Par exemple, si vous constatez que l’opinion d’une personne de groupe minoritaire est ignorée, vous pouvez relancer cela dans une discussion : « Il est important que nous écoutions également son avis… »

  1. Apprendre à analyser, comprendre et réguler ses émotions.

La famille et le système éducatif peuvent jouer un rôle central dans cette démarche. Le Danemark par exemple, à décréter des cours d’empathie dès 1993[3]. Aujourd’hui, la Russie[4], les Pays-Bas[5] et la Belgique[6] dispensent également ces cours singuliers. Ci-dessous, un exemple de cours d’empathie dans une classe primaire à Bruxelles en Belgique.

L’enseignante donne son cours d’une manière ordinaire où chacun des élèves est assis à sa place. Depuis son bureau, elle demande aux enfants de décrire les émotions qu’ils ont ressentir au cours du weekend. « Face à eux, des cartes qu’ils sont libres de choisir pour illustrer leurs sentiments. Sur chacune d’elles figurent des besoins qui sont susceptibles de pallier à une réaction excessive. Désinhibé, chaque élève conte le récit des émotions ressentis : « J’ai ressenti de la jalousie envers ma sœur » indique l’une d’elle. L’enseignante essaye alors de comprendre pourquoi la jeune fille a ressenti cela.

Un dialogue sans filtres s’engage alors. L’enseignante se confie également, avoue ressentir quelque fois des émotions semblables à celle de sa classe. Un lien de confiance est instauré. Au fil du cours, des conflits entre élèves sont résolus.

L’enseignant transmet à l’élève la capacité à se mettre à la place de l’autre, à réfléchir avant d’agir, à montrer du respect, ressentir et percevoir.

  1. Évitez les idées préconçues.

Souvent, nous utilisons des stéréotypes comme raccourcis. Par exemple, lors de divers évènements internationaux, j’ai constaté que les différentes personnalités qui échangeaient avec moi, s’empressaient de me poser la fatidique question :

  • « Tu es de quel pays en Afrique ? »

A l’accoutumée, je m’empressais également de répondre :

  • « Je suis Afropolitain ».

Généralement confus et surpris, mes interlocuteurs, me demanderont presqu’immédiatement ce que signifie « afropolitain » et j’en profite pour leur expliquer le concept : « C’est un citoyen mondial ayant un passé, présent et futur commun avec l’Afrique ». La majorité me demandent par la suite : « Ok. Je vois ! Mais de quel pays es-tu exactement en Afrique ? ». Une question qui ne reçoit généralement aucune réponse directe car je la contourne toujours.

Non pas que je ne veuille point révéler mon identité nationale, mais tout simplement afin de stimuler la curiosité de mes interlocuteurs et les rendre plus attentifs, engagés et concentrés sur la découverte présentielle de ma personnalité. En n’ayant aucune information sur mon pays, il leur est difficile de me ‘catégoriser’ dans une boite de leurs stéréotypes ou idées conçues et de m’appréhender à partir des informations évidemment ‘biaisées’ qui s’y trouvent : car tout individu est unique et devrait apprécier en tant que tel (bien qu’il y’ait des traits identitaires transversaux chez des citoyens du même pays).

Par exemple, si je déclare : « je suis somalien », mon interlocuteur insconsciemment peut développer de la « pitié, ou compassion exagérée » à mon endroit alors que je n’en ai vraiment pas besoin. Si par ailleurs, je déclare : « Je suis du Nigérian », il peut pareillement développer une méfiance aiguë à mon égard, doutera probablement de mes propos etc. Mais leur approche de ma personne sera totalement différente s’ils ne disposent point d’information potentiellement stéréotypante.

Je partage cet exemple pour montrer comment les idées préconçues peuvent influencer (négativement ou positivement) l’expression de l’empathie et la nécessité d’être émotionnellement intelligent pour naviguer différentes situations interpersonnelles et interculturelles.

  1. Parlez à de nouvelles personnes

Des chercheurs ont découvert qu’il ne suffit pas souvent d'essayer d'imaginer ce que ressent une autre personne. Il suffit d’une légère dose de curiosité pour poser des questions et éviter de construire ou conserver des préjugés ou stéréotypes sur une personne. Par exemple, vous pourriez :

  • Engager la conversation avec des inconnus ou invitez un(e) collègue ou un(e) voisin(e) que vous ne connaissez pas bien à déjeuner. Allez au-delà d’une banale conversation : demandez-leur comment ils vont et à quoi ressemble leur vie quotidienne.
  • Suivre sur les médias sociaux des personnes ayant des antécédents différents des vôtres (race, religion ou conviction politique différentes).
  • Accorder votre attention totale à vos interlocuteurs lors des conversations afin de pouvoir écouter pleinement et remarquer leurs expressions faciales et leurs gestes.
  1. Essayez de vivre la vie de quelqu'un d'autre

Parfois il ne suffit pas de s’imaginer à la place de quelqu’un d’autre, mais de l’être réellement pour comprendre profondément certaines réalités. Comme exemples, vous pourriez :

  • Fréquenter l'église, la mosquée, la synagogue ou tout autre lieu de culte d'une autre personne pendant quelques semaines pendant qu'elle fréquente le vôtre.
  • Visiter un nouvel endroit. Passez du temps dans un nouveau quartier, ou engagez la conversation avec un sans-abri dans votre communauté.
  • Si le comportement de quelqu'un vous dérange, réfléchissez à la raison. S'il s'agit de votre adolescent, par exemple, commencez par reconnaître qu'il peut se sentir stressé, mais allez plus loin : Réfléchissez à ce qu'est sa vie quotidienne - comment se passe son trajet en bus, combien de devoirs il a et combien d’heures il dort.
  1. Participez à des initiatives sociales

Travailler sur un projet avec d'autres personnes renforce l'expertise individuelle et l'humanité de chacun, et minimise les différences qui peuvent diviser les gens. Comme exemples, vous pourriez :

  • Si vous avez vécu un deuil ou une perte, joignez-vous à d'autres personnes qui ont vécu une expérience similaire.
  • Faites du bénévolat ou volontariat pour la communauté.

  1. Lisez

La lecture ouvre l’imaginaire aux expériences du monde. Une étude de New School recommande de prioriser les œuvres de fiction avec des personnages ayant des antécédents différents du votre, car cela vous permet de vous mettre à leur place et augmente votre capacité à comprendre les émotions des autres. L'université de Californie à Berkeley propose d'autres suggestions de lecture, de visionnage et d'écoute.

  1. Apprenez à réguler et utiliser ses émotions

L’expression de l’empathie dépend largement de notre capacité à réguler nos émotions en fonction des variables externes. Accepter ses émotions, même négatives, avec bienveillance permet souvent de réduire leur intensité et de décider de manière plus posée la meilleure façon de réagir. En général, changer ses perceptions d'une situation permet déchanger les émotions elles-mêmes !

Les personnes empathiques accordent de l'importance à l'intuition liée à leur ressenti émotionnel. Développer cette compétence permet de savoir adapter son emploi du temps en fonction de ses états émotionnels : la joie favorise la créativité, la tristesse favorise un travail lent et minutieux.

  1. Développez votre sens de l’écoute active

Véritablement être à l'écoute des émotions des autres est une activité demandant de l’intentionnalité, de la discipline et de la pratique. Pour vous aider à renforcer votre attention dans les conversations, vous pourriez explorer des techniques de respiration et de relaxation pour faire diminuer le stress et apprendre à créer sa bulle de protection.

  1. Soyez vulnérable

Trop de conversations professionnelles restent dans des "zones de sécurité" émotionnelles. Nous n’aimons pas être parfois vulnérables afin de ne pas être perçu comme étant faible ou idiot. Or la vulnérabilité nous aide beaucoup à établir des liens avec les autres, car elle nous montre que nous sommes humains, avec nos propres faiblesses et peurs. Cela crée un sentiment de "similitude" qui donne à l'autre personne quelque chose à quoi se rattacher. N'ayez donc pas peur de demander de l'aide. Voici trois étapes pour vous entraîner:

  • Après avoir écouté attentivement l'autre personne, essayez de vous souvenir d'une fois où vous vous êtes trouvé dans une situation similaire. Par exemple : Vous avez peut-être rencontré un problème avec un projet qui s'est effondré en raison de querelles internes au sein de l'équipe.
  • Rappelez-vous de ce que vous avez ressenti dans cette situation.
  • Exprimez ces sentiments, puis partagez ce que vous avez appris au cours de ce processus.
  • En partageant nos propres insécurités et erreurs, nous créons un terrain commun pour bâtir ou approfondir une relation.

  1. Utilisez votre imagination

Malgré vos efforts, vous ne serez jamais en mesure de comprendre toutes les expériences de toutes les personnes que vous rencontrez. Mais pour faire preuve d'empathie, vous avez besoin d'une certaine forme de connexion et de compréhension. Votre capacité d'imaginer ce que ressent une autre personne, même si nous ne l'avons pas vécu nous-mêmes, est donc essentielle.

Si vous aimez lire, je vous recommande de prendre un livre et de vous concentrer sur les actions et les sentiments du personnage. Certains grands classiques de la littérature, comme Hamlet de Shakespeare, peuvent être d'excellentes études sur toute la gamme des émotions humaines. Votre imagination est une lampe magique, un laboratoire des impossibles dans lequel vous pouvez mentalement envisager et préparer une rencontre constructive et respective de l’Autre.


Persévérer

Développer l'empathie est une compétence qui peut s’apprendre par tous, au travers de la pratique intentionnelle et consistante. Au début cela sera probablement difficile mais la persévérance précède toute réussite. A force de pratique, cela deviendra naturel, une seconde nature, inconsciemment intégrée dans toutes vos relations interpersonnelles.

Références

[1] Gwen Dewar, ‘Teaching Empathy: Evidence-Based Tips’,accédé le 1 Juin 2021, https://www.parentingscience.com/teaching-empathy-tips.html

[2] Cain Miller Claire, ‘How to Be More Empathetic’, accédé le 1 Juin 2021, https://www.nytimes.com/guides/year-of-living-better/how-to-be-more-empathetic

[3] Ce n'est point un hasard si le Danemark est réputé comme le pays le plus heureux du monde!

[4] À Moscou, les élèves sont initiés à la gentillesse. Pour cela, les classes sont amenées à interagir avec des personnes en situation de handicap afin d’en faire découler du respect et de l’empathie

[5] Au Pays-Bas, des écoles expérimentent le mentorat, où on associe des juniors à des seniors afin de transmettre l’expérience des élèves plus âgés. Ainsi, les « seniors » viennent en aide aux juniors chaque semaine dans différents contextes comme la résolution d’exercices, cuisiner ensemble ou faire du sport, afin de se mettre à la place de l’autre.

[6] À ordre d’une heure par semaine, le cours d’empathie est obligatoire dans le pays scandinave et dispensé de 6 à 16 ans. Plus proche de l’atelier que du cours magistral, l’empathie est une discipline à part entière où la séance prend l’allure d’un groupe de discussion. Chaque élève peut s’exprimer et interagir librement afin de résoudre divers problèmes personnelles et professionnelles ensemble.


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