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Publié le 20 janvier 2021 Mis à jour le 20 janvier 2021

Quelle est la valeur d'un réseau ?

À chaque extrémité d'un réseau, il y a un terminal...

Connexions

La valeur des connexions

Un réseau est fait de connexions. La valeur des connexions est nulle au départ. Ce qui y transite et surtout d’où ça part et où ça va en déterminera l'essentiel de la valeur, ce qu’on appelle les «terminaux», émetteur ou récepteur. Le canal, le fil à lui seul n'a pratiquement aucune valeur, à part son coût physique. S'il n'est connecté à rien, il ne vaut rien.

Prenons les simples réseaux publics : eau, égout, électricité. Ce qui transite par ces réseaux n’a d’autre valeur que ce qu’on en fait, son utilité. C’est le terminal qui la déterminera. À l’échelle d’un réseau, une centrale électrique, un réservoir, ou un collecteur d’égout ont plus d’importance et de valeur qu’une ampoule au plafond, une fontaine ou un urinoir.  Un gros producteur ou consommateur a plus d’importance qu’un petit, mais le nombre de petits est lié à celui des gros. Le nombre des liens qui mènent ou partent d’un terminal établissent la hiérarchie. La logique n’est pas très différente pour le réseau internet.

Internet

À partir du moment où on accorde une valeur à un terminal, que ce soit une personne, une entreprise ou un site, une hiérarchie peut être établie.

Le nombre de liens menant ou émanant d’un terminal peut se compter et à qui il se connecte peut aussi être caractérisé selon divers paramètres tels que le genre, l’éducation, la nationalité, la richesse, etc. et aussi par ce qui est cherché ou transmis par le terminal. C’est ce qui fait la fortune de Google, des réseaux sociaux et des CRM tels SalesForce. La valeur d’une communication d’un chef d’état ou de grande entreprise est plus grande que le commentaire d’un quidam sur un site de commerce. La valeur de Google et de Facebook dépasse celle de quasi tous les autres terminaux.

La réseau de la connaissance

La connaissance est aussi modélisée comme un réseau, un arbre. Sur une carte mentale, chaque terme est connecté à d’autres et leur sens dépend du contexte tout comme leur valeur. Une formule mathématique est une connaissance puissante pour un ingénieur mais de peu d’utilité pour un jardinier. Le cours de l’action en bourse d’une compagnie n’a guère d’intérêt pour qui n’a rien à investir mais est vitale pour le dirigeant.

Un dictionnaire a une valeur générique pour tout le monde et seules quelques entreprises en produisent, ces entreprises sont importantes mais le dictionnaire est abordable.  Un cours complet dans un domaine en demande a bien plus de valeur ponctuelle qu’un dictionnaire mais des milliers d’institutions en donnent et la plupart sont de taille modeste. Le nombre de terminaux connectés et la valeur de ceux-ci se reflètent dans la réalité concrète des individus et des entreprises.

Au niveau des connaissances, des formules fondamentales en physique comme « F = m * a  »  ou en électronique comme « U = R * I  » ont plus d’importance que la connaissance des taux de conduction du métal ou de l’élasticité des matériaux simplement parce qu’elles se situent à la base de la hiérarchie des connaissance dans ces domaines, dans le tronc, et que plus de concepts et d’autres connaissances s’y rattachent.  F=m*a est la deuxième loi de Newton. U=RI est la première loi d’Ohm.

Un des principes pédagogiques de base consiste à présenter les fondements et les principes et ensuite à construire dessus. Ce devrait aussi être parmi les premières choses à enseigner, autant aux futurs enseignants qu’aux enfants de première année. La valeur des connaissances de base et celle d'un réseau complet de connaissances peut-être très élevée.

Établir la priorité

Parfois les fondements ne sont pas évidents à déterminer, comme dans plusieurs sciences humaines ou dans des domaines spécialisés. À ce moment, partir des définitions est un procédé objectif qui permet de déterminer les importances relatives. À partir des mots les plus courants du domaine et des définitions des mots dans les définitions. Quelques dizaines de définitions plus tard, certains mots apparaîtront dans plusieurs définitions; ces mots ont plus de liens dans ce domaine, ils sont plus importants dans la nomenclature et dans les concepts; on doit les maîtriser.

Chaque domaine possède son vocabulaire prioritaire, mais globalement, un certain nombre de termes sont connus et utilisés par tout le monde.  Cette intéressante liste en présente 600 de 4 lettres ou plus. Les plus utilisés de la langue française.

Les connaissez vous précisément tous ? Probablement que oui. Sont-ils les plus importants ? Sans doute pour la communication oui, mais pour le reste, on peut en douter. On ne serait pas capable d’agir en agronomie, en médecine, en menuiserie ou dans aucun domaine technique ou scientifique avec ces seuls termes. Leur importance dépend forcément du contexte.

Si on maîtrise moins de 3500 mots, notre savoir est minimal. Sachant qu’on trouve entre 50 000 et 70 000 mots dans un dictionnaire courant et qu’en comptant les termes spécialisés et anciens on dépasse le demi-million, alors il n’y a aucune gêne à ne pas savoir précisément ce que «herméneutique» veut dire ou à quoi sert un vernier. On a toujours un dictionnaire ou google pas trop loin. Mais si on veut prétendre à une maîtrise d’un sujet, on a intérêt à en connaître le vocabulaire en détail et en comprendre les ramifications jusque dans leur application.

Déterminer le contexte

La question de la hiérarchie des connaissances taraude les intellectuels depuis des lustres (1). À une seule et utopique hiérarchie, on propose maintenant des hiérarchies multiples, associées au contexte. Ainsi, un même ensemble de connaissance peut se retrouver dans plusieurs hiérarchies à différents niveaux. Peut-être établira t’on une hiérarchie des hiérarchies, cela est possible, mais ce qui est sur c’est que à partir du moment où on considère une évolution des connaissances et des contextes, de nouvelles réalités apparaîtront et créeront des nouveaux contextes et nécessairement de nouvelles hiérarchies selon les priorités du moment.

La hiérarchie choisie dépend de la largeur du point de vue (général ou spécialisé) et de la considération : si on est matérialiste, la vitesse de la lumière, la constante de Plank, les lois fondamentales et ce genre de connaissances se situeront à la base de la hiérarchie; ce sont ces éléments qui entrent en jeu dans tous les domaines physiques; si on penche plus du coté humaniste, on mettra la vie, l’amour, la créativité, la communication et peut-être les mathématiques comme fondements; on les prend en considération dans tous les phénomènes humains et naturels.

Pourquoi les mathématiques dans les humanités ? Parce qu’elles sont infinies dans leurs possibilités et que ce sont des esprits humains qui les conçoivent.  Cette histoire me permet de l'illustrer : un enfant de 6 ans qui commençait à apprendre les nombres, dizaines, centaines, milliers, millions, milliards, et qui continuait à ajouter des classes de nombres, dizaine de milliards, centaines de milliards, milliers de milliards, m’a soudainement dit spontanément, de lui-même : «Les nombres, ça ne finit jamais n’est-ce pas ?» Je ne crois pas qu’une machine ne concevra jamais une telle pensée, ni n’en éprouvera une émotion. Mais elle pourra déterminer une constante cosmogonique quelconque, assurément, nous la partager et c’est nous qui l’apprécierons et s’en servirons.  Alors, oui, les mathématiques sont un espace de créativité sans limites.

Le réseau auto-satisfaisant

Ceux qui créent une nomenclature et un réseau de connaissance reflètent une réalité et contribuent à son maintien. Par exemple, dans la classification Dewey, toute une section ( 200 ) est consacrée aux religions, et 5 sous-sections sont consacrées au christianisme, une seule aux «autres religions». Dans les nouvelles nomenclatures, la place des religions correspond plus à leur importance observée dans les bibliothèques et dans les recherches. Le monde change ainsi que les importances des réseaux de connaissance, mais pendant longtemps le système Deway a contribué à une certaine conception du monde. Aujourd’hui une conception matérialiste, commerciale, individualiste et sans doute avec d’autres caractéristiques est en train de formater les esprits et les ambitions. La valeur de certaines connaissances est amplifiée et la valeur de d’autres dévaluée ou ignorée.

Le fait de n’avoir pratiquement qu’un seul moteur de recherche nous amène à poser une question existentielle. Les algorithmes obscurs basés pour l’essentiel sur la quantité nous reflètent et nous déforment dans des sens déterminés pas des considérations qui n’ont rien à voir avec nos propres désirs, ceux-ci pouvant être orientés insidieusement et systématiquement par des entreprises dont l’intérêt n’est pas partagé.

Le réseau est un résultat; l’idée à la base du processus, sa «programmation», est simple.  Ce sont les terminaux qui déterminent sa puissance et sa persistance.

La terminal

Finalement, la valeur des connexions pourrait aussi être celle des déconnexions. Ne pas se connecter à n’importe quoi est un geste de volonté et de personnalité. Étrangement, à force de se faire proposer des choses que nous ne désirons pas réellement et à nous faire dépouiller de notre attention, nous en arrivons à perdre notre individualité et notre pouvoir alors que la prétention commerciale est exactement l’inverse !

On revient à l’idée initiale : c’est le terminal qui donne la valeur au réseau et aux connexions. Notre pouvoir de choisir de se connecter ou non à ceci ou cela, à utiliser ceci ou cela, détermine ce que nous construisons. Si on se connecte à ce qui nous respecte, nous contribuons à un monde respectueux. Si on se connecte à ce qui nous avilie, nous obtenons un monde à l’avenant.

Nous avons de la valeur. Nous pouvons déterminer avec qui nous la partagerons. L’école donne une bonne éducation aux étudiants, les étudiants soutiennent de bonnes écoles. L’étudiant détermine ce qui l’intéresse et à quoi il désire se connecter. Notre travail est de lui montrer en quoi ceci ou cela peut être intéressant, de l’y connecter et de l’aider à bâtir son réseau de connaissance. Pour le reste, on gagne à lui laisser son pouvoir de choix; il y va de son bonheur et de sa valeur.

Références

Les 600 Mots Français Les Plus Usités
http://www.encyclopedie-incomplete.com/?Les-600-Mots-Francais-Les-Plus

La hiérarchie des connaissances est elle vraiment dépassée ?   Rémi Sussan - Internet Actu
http://www.internetactu.net/2015/02/23/la-hierarchie-des-connaissances-est-elle-vraiment-depassee/

Classification décimale Dewey - Université de Montréal
https://www.ebsi.umontreal.ca/jetrouve/biblio/dewey.htm

Nombre de mots - https://www.wolframalpha.com/input/?i=number+of+words+in+english

Traité de documentation : le livre sur le livre, théorie et pratique - Paul Otlet, 1934
https://archive.org/details/OtletTraitDocumentationUgent
https://www.decitre.fr/livres/le-livre-sur-le-livre-9782874492990.html#ae85


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