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Publié le 13 janvier 2021 Mis à jour le 13 janvier 2021

Se figurer au futur et construire son avenir [Thèse]

Le pouvoir motivationnel des sois possibles et la régulation de performance

Masques - oeuvre artistique

« Et toi, que veux-tu faire dans la vie ? »

... nous dit-on très tôt pour qu’on l’envisage et qu’on commence à s’identifier dans des choix possibles. Envisager un avenir, c’est se le figurer et voir déjà son image du futur. Janus, divinité romaine fêtée en janvier et associée au passage du temps et des portes, est connu pour présenter les deux visages du passé et du futur. Sur la ligne du temps, comme sur celle des possibles, Janus Clusius est celui qui clôt, et Janus Patulcius est celui qui ouvre.

À partir de la théorie des « sois possibles » (possible selves) de Hazel Rose Markus et Paula Nurius (1986), Anne-Laure de Place questionne dans sa thèse les leviers que la figuration de son propre futur actionnent quant à la capacité de se mobiliser et de susciter l’action.

Il ne s’agit plus seulement de se représenter un but à atteindre, mais de s’impliquer dans un destin de soi comparable à la vision incarnée de soi à l’état présent.

Le désir de soi

Les créatrices du concept l’ont décliné en trois composantes :

  • les sois désirés,
  • les sois craints et
  • les sois attendus, jugés les plus probables en fonction de son histoire ou du contexte.

Deux composantes ont été retenues aujourd’hui : « chaque personne posséderait des sois possibles (SP) craints et désirés dont la représentation serait plus ou moins attendue ».

Depuis (en 2007), Martin Erikson a précisé que l’individu devait se sentir acteur de la situation future pour que son image puisse se rattacher au concept de soi possible. Pour son travail, Anne-Laure de Place a retenu le concept de sois possibles comme étant

« des représentations personnalisées et vivantes des craintes et désirs d’un individu pour son avenir ».

Bien sûr, la construction de soi est contextuelle et l’émergence des sois possibles advient sur un socle socio-culturel et interculturel. Celui-ci expose à des sources d’inspirations, des modèles accessibles et mentors, et agit sur le champ des possibles et des stratégies d’accès, plus ou moins ouverts ou normatifs – Janus Patulcius qui ouvre ou Janus Clusius qui clôt. Les expériences personnelles passées fondent les éléments de l’identité, l’estime de soi et la clarté du concept de soi.

Se mettre en bonne posture

Plusieurs outils ont été mobilisés par la recherche pour explorer les sois possibles. Outre les questionnaires fermés, ouverts, les entretiens directifs, semi-directifs, les méthodes mixtes, chaque individu peut se saisir des outils comme :

  • La mise en récit de son soi futur (à une échéance donnée).
  • La lettre de son soi futur à son soi présent.
  • L’imagerie mentale. Vivre une expérience en activant tous les sens pour que l’action ait la saveur la plus proche de la réalité et soit convoquée comme telle. On ne fait pas que « voir » la scène, on l’éprouve pleinement. Cette technique fait partie des fondamentaux de la sophrologie, elle est connue en particulier pour la préparation aux examens et aux épreuves sportives. On utilise dans le langage courant les termes de préparation mentale ou de visualisation.
  • La répétition de l’image du meilleur soi possible.
  • La création d’un soi possible virtuel. Par exemple une page Facebook de son soi futur.

Caractériser les sois possibles

Comment les visions possibles de soi s’activent dans un « soi de travail » et jouent dans l’entité multidimensionnelle en perpétuel mouvement que nous sommes ? Et quelles sont les conséquences en matière de motivation et de performance ?

Pour répondre à ces questions, l’autrice a questionné dans sa thèse les sept caractéristiques des sois possibles (SP) dont les travaux scientifiques ont montré le rôle motivationnel et comportemental :

  1. La valence des SP : les pôles positif et négatif des SP, le soi désiré et le soi craint.
  2. Les sois possibles équilibrés. La combinaison de deux SP de valence opposée dans un même domaine.
  3. La saillance des SP : un soi possible équilibré sera source de motivation dans une situation spécifique lorsqu’il est activé à un moment précis. Les expérimentations ont montré en outre qu’un SP de réussite sera plus motivant s’il a été précédé par une inquiétude. Et inversement pour une inquiétude qui suivrait le confort de s’imaginer réussir.
  4. Le degré d’élaboration des SP : leur caractère détaillé, les stratégies associées et leur aspect spécifique. 
  5. L’écart entre le soi présent et le soi possible (écart psychologique ou temporel), et la motivation de s’en approcher ou de s’en éloigner.
  6. La perspective d’évocation des SP : la visualisation d’un soi possible imaginé à la première ou à la troisième personne du singulier.
  7. Le contrôle perçu : selon que le SP dépend de ses propres actions ou d’influences extérieures.

Quand la friction intérieure des sois ouvre à la réussite

En conclusion, l’autrice pointe que les procédures de « contraste mental » proposées par Gabriele Oettingen sont des leviers de mobilisation opérants. À inviter avec bienveillance selon le contexte et l’histoire des individus, et la nature des sois possibles.

Les meilleures situations concernent aussi bien les individus qui ont développé un soi de réussite générique que ceux qui vivent un revers à l’occasion d’un échec spécifique. À l’inverse, le SP d’échec générique est particulièrement démobilisateur, et le soi possible de réussite spécifique est moins mobilisateur.

Ainsi, il n’est pas utile « de demander à un individu de se représenter en réussite s’il n’arrive pas à évoquer naturellement ce SP, l’important est qu’il envisage des stratégies efficaces pour s’éloigner du soi craint, et pas seulement des comportements d’évitement ».

Par exemple, on pourra proposer à des étudiants de « visualiser la prochaine session d’examens (SP générique), s’imaginer passer l’épreuve qu’ils redoutent le plus (SP spécifique) ou simplement dire quelle est celle-ci (condition contrôle) ».

« Face à un individu qui porte sur un soi futur un regard particulièrement positif, on l’aidera à imaginer les comportements nécessaires pour l’atteindre, mais on rappellera aussi les obstacles qu’il peut rencontrer sur son chemin, afin qu’il puisse développer les stratégies adaptées même dans cette éventualité. »

« L’avenir n’est que du présent à mettre en ordre. » Antoine de Saint-Exupéry.

Source image : Pixabay – Contescu Teodor

À lire :

Anne-Laure de Place, Pouvoir motivationnel des sois possibles et régulation de performance : le rôle de l’équilibre et de l’élaboration, thèse de doctorat en psychologie, université de Rennes 2, 2018 (thèse consultable sur HAL, archives ouvertes).


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